L’opportunité ratée

Me voilà à nouveau détruit par le remords. Je n’ai fait que le nourrir aujourd’hui. Il est plus fort que jamais.

Moi qui espérais tant te revoir pour enfin avoir l’opportunité de te parler et voilà que je l’ai encore une fois laissée passer. Oui, je t’ai vu, au loin, je t’ai reconnu parmi toute cette foule, à plus de 30 mètres, je me suis levé d’un bond et je me suis approché subtilement vers toi afin de m’assurer que mes yeux et mon cœur ne m’avaient pas encore une fois trompés. Ils avaient bien raison, c’était toi. Je n’ai rien fait, je t’ai regardé, tu m’as cloué au sol, tu ne m’as pas vu. J’ai pu voir ton visage à son plus naturel, à son plus simple. Si beau.

J’ai ressenti ce que toi seule a su me faire ressentir. Cela faisait si longtemps… Je reconnais cette sensation, car seule toi peut la créer en moi. Tu as créé cette émotion en moi, elle est ton œuvre, elle t’appartient, comme mon cœur t’appartient. J’ai revécu ce que j’avais tant espéré, mais pour un si cours instant et te laissant partir, sans rien faire. Cela n’a fait que me torturer.

J’ai envie de crier, de m’arracher, d’arracher ma peau, mon cœur, mes poumons, mon foie, mes yeux avec mes doigts. J’ai cette rage intense qui se nourrit de mes regrets et qui me donne une force incroyable, incontrôlable.

J’aurai dû t’aborder, te parler, te dire que je suis là, te dire que j’ai besoin de toi, te dire que j’ai envie de toi. Je n’ai fait qu’empirer ma situation. Moi qui croyais que ma souffrance s’était presque dissipée avec le temps. La revoilà, plus forte que jamais.

Je ne sais plus quoi faire. Je n’arrive plus à ne plus penser, j’essaie de fuir cette solitude, ces insomnies qui ne font que me forcer à penser à toi. J’ai besoin de partir, loin, de m’isoler, de me noyer. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne fais qu’espérer en l’avenir, dans l’espoir d’une meilleure chance, mais quand elle apparaît, je la regarde, là, sans rien faire pour ensuite regretter. L’accumulation de tous ses regrets me tue. Je ne sais si je survivrai à une prochaine rencontre.

Avec le temps, tout s’en va, comme disait Leo Ferré, je l’espère bien, mais entre temps que fais-je ?

Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu’on aime quelqu’un d’amour, c’est quand son visage vous inspire plus de désir physique qu’aucune autre partie de son corps.


Michel Tournier, Petites proses, Folio n° 1768, p.245

Publié dans: on 19 juin 2008 at 8:09 Commentaires (1)
Tags: , , , , , , , , , , , , ,

L’URI pour faire un Trackback sur cet article est : http://franznasner.wordpress.com/2008/06/19/lopportunite-ratee/trackback/

Flux RSS des commentaires de cet article.

Un commentaire Leave a comment.

  1. Nous devrions joindre nos peines autour d’un verre… sans prétention.

    Suis sur Face-livre.

    Je te comprends au-delà des mots. Dommage que l’on soit loin… je vis la même chose.


Leave a Comment

You must be logged in to post a comment.