J’avais tant voulu te revoir, je n’espérais que ça depuis que je t’ai perdue de vue. Je ne m’attendais pas à te croiser aujourd’hui. Avec le temps, j’avais réussi à diminuer l’impact que tu avais sur mes pensées. Je pouvais passer une journée sans trop penser à toi. Je m’occuper à faire tout et rien, à faire n’importe quoi pour ne pas me retrouver face à ma solitude. Je la trompais en écrivant et une fois que je commençais, il m’était presque impossible d’arrêter. Seule la fatigue, quand je n’avais plus d’énergie, me forcer à dormir. Je pouvais enfin me reposer un peu. Mais aujourd’hui, je t’ai vu, par hasard. Je ne m’attendais absolument pas à te voir. Cela m’a donné espoir, cela veut dire que j’ai des chances de te croiser à nouveau, du moins, je l’espère.
Au début, je n’étais pas sûr que c’était toi, étant donné que je doute de tout. Si j’avais pris la même voiture que celle où tu te trouvais, j’aurai eu 20 minutes pour te parler, pour te raconter, pour te dire ce que je sens, ce que je désir, ce que je voudrais, ce que j’espère. Des mots, rien que des mots. Je n’ai pas pu te montrer l’effet que tu as sur moi. C’était ainsi depuis le début, chaque fois que je te vois, je souffre du “locked-in syndrome” je m’entends parler, mais rien ne sort de ma bouche, je suis paralysé, je ne peux que te voir et écouter ma propre voix.
En fait, si, je n’ai su te le montrer qu’en te fuyant, qu’en te repoussant et cela n’a fait que me faire du mal. J’avais l’opportunité d’avoir ton amitié, étant donné que ton cœur appartenait déjà à un autre. J’aurai eu l’opportunité d’être à tes côtés, de te côtoyer. Mais j’ai tout gâcher par ma maladresse, par ce sentiment de gêne, par ma gaucherie que tu as créée en moi par ta simple présence. Tu me tourmentais, je n’arrivais plus à me contrôler, je n’avais d’autres idées que de te fuir. En se faisant, je n’ai fait que te repousser, que construire en toi une mauvaise idée de moi, de ma personne et de mes intérêts. Je voudrais tellement changer cela. Je voudrais tellement pouvoir te parler et tout te dire. Combien tu m’as changé, combien tu m’as affecté, combien tu m’affectes toujours et combien tu es présente dans mes pensées. Je voudrais faire une folie pour te prouver mon amour insensé, mais je me retiens, car je n’aurai l’air que d’un fou, malade. Suis-je né aveugle et sourd ou fallait-il la lumière d’un malheur pour m’éclairer de mon aberration ? Je reste là à espérer que le meilleur arrive, que le tout se réalise par lui-même, comme un idiot. Mais je suis impuissant, je ne peux qu’attendre une prochaine rencontre, encore, et cette fois d’agir sous peine de virer à la folie.
Il existe tant de mots pour décrire ta beauté qu’ils perdent leur sens.
Cette attente, insupportable. Attendre et espérer, comme disait Dumas. Il n’existe que deux éléments encore vivant en moi, le remords qui me fait prendre conscience de toutes ces chances que je n’ai pas voulu saisir et de tout ces instants de bonheur que j’ai laissé s’envoler et l’espoir qui me permet de continuer à vivre et qui me laisse croire en une prochaine fortuite rencontre.
Il faut savoir laisser le passé derrière nous et aller de l’avant. C’est facile à dire. Je ne peux t’oublier, car tu fais partie de moi. Il me faut te reconquérir, même si je dois y consacrer toute ma vie; elle en dépend.
“[...] Les hommes auraient des peines bien moins vives si… [...], s’ils n’appliquaient pas toutes les forces de leur imagination à renouveler sans cesse le souvenir de leurs maux, au lieu de supporter un présent qui ne leur dit rien.”
Goethe, Les souffrances du jeune Werther, GALLIMARD, 1973, p.33